Fête Saint Joseph
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Saint Joseph
Le jour de la Fête de la Saint Joseph est célébré le 19 mars dans le Christianisme Occidental et constitue le principal jour célébrant la Saint Joseph, ce dernier étant l'époux de la Bienheureuse Vierge Marie et le père adoptif de Jésus-Christ. Joseph jouit du rang d'un Saint dans l'Église Catholique Romaine ; pour les Catholiques qui suivaient le Missel de 1962, le jour de la Saint Joseph était considéré comme une fête de première classe. Le Père Pierre Dumoulin nous invite à cheminer avec cet homme si important dans la vie du Christ et de l'Église
 
 
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Saint Joseph, Un Homme

P. Pierre Dumoulin

 

Le Nom de Joseph signifie : « Dieu ajoutera ». Effectivement Dieu a ajouté, puisqu'au terme de la longue lignée davidique, on trouve « Joseph, l'époux de Marie, de laquelle est né Jésus, qu'on appelle le Christ ».

Dans les évangiles, Joseph est désigné 14 fois par son nom, et on trouve ce nom dans chacun des 4 évangiles, concordance remarquable quand on sait que Jean et Marc ne parlent pas de l'enfance de Jésus. C'est d'autant plus frappant que Jean lui-même, en parle à deux reprises, alors qu'il ne cite jamais le nom de Marie, Mère de Jésus. Philippe dit à Nathanaël : "Celui dont Moïse a écrit dans la Loi, ainsi que les prophètes, nous l'avons trouvé : C'est Jésus, le fils de Joseph de Nazareth" (Jean 1,45) et les gens de Capharnaüm demandent : « Celui-là n'est-il pas Jésus, le fils de Joseph, dont nous connaissons le Père et la Mère, comment peut-il dire : ‘Je suis descendu du ciel' ? » (Jean 6,42).

Luc et Matthieu soulignent que, grâce à Joseph, Jésus, dans sa généalogie terrestre, est issu de la haute lignée du roi David (Matthieu 1, 1-17 ; Luc 3, 23-38). Ils le rattachent ainsi aux principaux dépositaires des promesses messianiques, Abraham et David, ainsi qu'à tous les rois de Juda.

On peut noter qu'il est fait allusion deux autres fois à Joseph par sa profession. Dans l'évangile de Matthieu 13,55, les gens demandent : « Celui-là n'est-il pas le fils du Charpentier ? » et en Marc 6,3, la question devient : « Celui-là n'est-il pas le charpentier, le fils de Marie », ce qui permet de penser qu'entre-temps Joseph était décédé et que Jésus avait pris la succession.

Ainsi l'importance de Joseph est signalée :

Par sa lignée

Par sa paternité, toujours en référence à Jésus.

Par son épouse et son mariage

Par son métier.

Par sa justice de vie

Par ses songes qui assurent la survie de la sainte Famille

 

Joseph est un homme par sa lignée

On peut remarquer que les évangiles sont concordants sur ceci : Jésus est « Fils de David » et, à ce titre, il peut prétendre à la dignité royale. Ce point est fondamental car il constitue la raison même de sa crucifixion : l'écriteau officiel, portant le motif de sa condamnation et rédigé dans les trois langues, déclare : « Jésus de Nazareth, roi des Juifs ». Dans l'évangile de Jean, la Passion est centrée sur la Royauté du Christ. Jésus a été acclamé comme Roi à son entrée à Jérusalem, il a été reconnu tel par Pilate qui a dit aux Juifs : « voici votre Roi », il a été couronné par les soldats, bien que ce soit par dérision, et Pilate a écrit le décret officiel fixé sur la Croix pour indiquer le motif de sa condamnation. Un vrai roi est capable de mourir pour son peuple. C'est ce qu'a fait Jésus, mais c'est aussi ce qu'a fait Joseph, en renonçant à sa propre vie pour se consacrer au salut du monde. Bon sang ne saurait faillir, dit le proverbe.

L'ascendance royale du Christ lui est transmise par Joseph, héritier de la dynastie davidique. C'est d'ailleurs le titre que lui donne l'ange du Seigneur, lorsqu'il déclare : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie ton épouse » (Mt 1,20). Pareillement, Luc note : « L'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, du nom de Nazareth, à une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David » (Lc 1,26) et l'ange annonce à Marie : « Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son Père. Il règnera sur la maison de Jacob, et son règne n'aura pas de fin » (Lc 1,33). L'ange reprend ainsi la prophétie du prophète Nathan, 1000 ans auparavant, qui est à la base de toute l'attente messianique (2 Sam 7). Luc note : « Joseph aussi monta de Galilée, de la ville de Nazareth, en Judée, à la ville de David, qui s'appelle Bethléem, parce qu'il était de la maison et de la lignée de David » (Lc 2,4). Saint Paul rappellera cela aux chrétiens de Rome : « Le Fils de Dieu est né, selon la chair, de la descendance de David » (Rm 1,3).

On peut encore noter que Jésus est appelé « Nazoréen », ce qui pourrait faire allusion à une branche particulière de la lignée davidique, qui croyait que le Messie naîtrait en son sein. Ces Nazoréens vivaient à l'écart, dans un village de Galilée qui prit le nom de… Nazareth. Après plus de cinq siècles sans roi, leur prétention pouvait sembler étrange, voire ridicule pour certains, comme Nathanaël : « De Nazareth, peut-il venir quelque chose de bon ? ». Et pourtant, c'est cette appartenance à la lignée royale qui a terrorisé Hérode le Grand, au point d'entraîner le massacre des innocents. Ainsi, en quelque sorte, c'est Joseph qui offre à Jésus la possibilité de mourir pour nous.

Pourquoi est-ce si important pour souligner que Joseph est vraiment un homme ? Parce que c'est le propre d'un homme que d'introduire son enfant dans la lignée de ses ancêtres, de lui donner une place dans la société. Dans le monde juif, on est désigné par son père : « Simon, fils de Yonas », ou « Les fils de Zébédée ». Ainsi, dans la société de son temps, le Messie est « Jésus, fils de Joseph ». Et c'est par Joseph que Jésus, dans son humanité, est héritier de David, appartenant à la lignée masculine des rois de Judée. Joseph est donc choisi pour donner à Jésus une identité, une masculinité, une dignité. Il est vraiment prince, mais d'une noblesse pauvre et cachée, humble. Toute la discrétion de Joseph était nécessaire pour protéger l'héritier royal. Joseph devait se taire, être humble et caché pour ne pas révéler la dignité de son enfant. L'indiscrétion involontaire des Mages et ses conséquences pouvaient lui servir de mise en garde. Joseph assume donc ce rôle éminemment masculin qui est celui de placer Jésus dans une lignée et de le protéger.

 

Joseph est un homme par sa paternité.

Joseph est évoqué à plusieurs reprises comme étant le père légal de Jésus : Pour les gens, Jésus est « le fils de Joseph » (Jean 1,45 ; Jean 6,42 ; Luc 2,48 ; Marc 6,3).

La grande dignité de Joseph réside dans le fait d'assumer une paternité qui ne lui appartient pas. Mais on peut noter la délicatesse de Dieu à son égard. Si Joseph n'est pas le père biologique, il assume toutes les prérogatives de la paternité : « Elle, elle enfantera un fils et toi, tu lui donneras le nom de Jésus », dit l'ange. Joseph, le silencieux, a donc son mot à dire. C'est d'ailleurs le seul dont on est sûr qu'il l'ait prononcé : Il a donné son Nom au Fils de Dieu, un nom qui indique sa mission : « Jésus », « Le Seigneur sauve ».

En ce qui concerne la paternité de Joseph, une précision s'impose. Cette paternité humaine est difficilement comparable à celle de Dieu. En effet, l'image du Père éternel, ce n'est pas Joseph seul. C'est Joseph et Marie. Car Dieu n'est ni masculin ni féminin. Il a voulu que son éternelle paternité soit représentée, sur la terre par la parenté d'un couple. Car dans l'humanité, il y a la sexualité et donc la complémentarité. Il y a l'homme et la femme, ce qui n'existe pas en Dieu. Dieu se suffit à lui-même, il engendre éternellement son Fils sans avoir besoin de personne. Le Prologue de Jean ne dit-il pas : « Le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui, nous l'a révélé » (Jn 1,18). S'il est dans le sein du Père, c'est que le Père est aussi Mère ! Mais l'image de Dieu, c'est l'homme et la femme, en couple, participant à la création par la procréation. La Genèse le dit : « Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa » (Gn 1,27). La présence de Marie et de Joseph manifeste ce double aspect de la parenté et sa nécessité.

A l'heure où la paternité est remise en cause par les lois de bioéthique, il semblait important de rappeler cet aspect. Joseph n'est pas le « parent 2 » de Jésus. Il est le Père, dans le sens masculin du terme, par opposition et complémentarité à la maternité féminine de Marie. Dieu n'a pas voulu que son fils soit éduqué par une femme seule, même si cette femme était la Vierge Marie. En faisant cela il nous rappelle l'importance de la complémentarité Homme-Femme. Car Jésus, étant vrai Dieu, mais aussi vrai Homme, devait être éduqué selon le plan divin manifesté dès l'origine : « Homme et femme Dieu les créa ».

Jésus a donc été réellement le fils de Joseph, non selon la chair, mais selon l'âme. Il a reçu de Joseph l'éducation humaine sous tous ses aspects. Et n'y-a-t-il pas un rôle éminemment masculin dans le fait d'être l'éducateur d'un garçon ? Joseph a appris tant de choses à Jésus… il lui a même appris à mourir. Puisque selon la tradition, il est mort entre Marie et Jésus. Il a donc quitté Dieu pour Dieu, c'est vrai, mais il a aussi montré au Fils de Dieu fait homme la dure réalité de la mort et lui a appris quelque chose de l'abandon qu'un jour, sur la Croix, il devra vivre. Et s'il est vrai que le Fils a réconforté son père de la terre, il est vrai aussi que Joseph a précédé son Enfant divin sur le chemin du grand passage.

 

Joseph est un homme par sa vie d'époux

Dès la généalogie, Joseph est présenté par Matthieu comme « L'époux de Marie, de laquelle est né le Christ ». Et lorsque l'ange vient annoncer à Marie qu'elle serait la Mère du Sauveur, il a déjà été précisé qu'elle était fiancée à Joseph. D'ailleurs l'ange confirme à Joseph : « ne crains pas de prendre chez toi Marie ton épouse ». Dieu a donc inclus, dès l'Annonciation, le rôle de Joseph dans le plan du salut. L'ange ne s'adresse pas à une jeune fille libre : Marie est déjà promise en mariage. Donc Joseph est nécessaire et prévu dans le plan de Dieu. Dès les deux Annonciations, Marie existe en référence à Joseph et Joseph en référence à Marie.

Il est beau de penser que Jésus a appris à aimer, humainement, en regardant Joseph prendre soin de Marie. Car l'amour des parents entre eux éduque les enfants. Joseph a donc dû être un modèle d'époux. On le constate, dans tous les épisodes de l'Enfance, Joseph est présent, discrètement mais surement. Il sait même s'effacer devant son épouse : Dans l'évangile de Luc, lorsque les Bergers arrivent à la crèche, ils « trouvèrent Marie, Joseph et l'Enfant couché dans la crèche » (Lc 2,16). Marie est nommée en premier, c'est elle qu'on voit d'abord. Selon saint Matthieu : « Les mages virent l'Enfant avec Marie, sa Mère », (Joseph était sans doute humblement effacé au service…). Pourtant c'est Joseph qui, après leur passage, reçoit l'ordre de fuir en Egypte : « Prends l'Enfant et sa Mère et fuis ! ». Il y a donc d'un côté l'Enfant et sa Mère, et de l'autre Joseph, dans son rôle masculin de Père et de Protecteur. Joseph est « gardien », c'est le titre qui sera retenu par saint Jean-Paul II dans sa belle encyclique : Redemptoris Custos.

On peut noter que Luc parle des « Parents de Jésus » lors de la Présentation au Temple (2,27) et même de « son père et sa mère » (2,33), ceci a tellement scandalisé le monde byzantin qu'on a osé changer la parole de Dieu pour mettre « Joseph et sa Mère » ! Au verset 41, lors du Retrouvement au Temple, Luc écrit encore « les parents » en parlant de Marie et Joseph. Marie, elle-même, dit : « Ton père et moi, nous te cherchons » (2,48). Et la réponse de Jésus, loin de contredire cette affirmation la précise : « Ne savez-vous pas que je dois être dans la Maison de mon Père ? » (2,49). Il prononce ces paroles en présence de Joseph ! Et Luc ajoute : « mais eux ne comprirent pas la parole qu'il venait de leur dire », puis il ajoute : « Il redescendit alors avec eux et revint à Nazareth ; et il leur était soumis » (2,51).

On comprend, dans cet épisode, le rôle de Joseph : comme tout père, il reçoit sa mission de « Dieu le Père, de qui toute paternité, au ciel et sur la terre, prend son nom » (Eph 3,15). La paternité, ce n'est pas la propriété, c'est l'amour qui règle le jeu de l'autorité et de la liberté en vue du bien éternel de l'enfant. « Vos enfants ne sont pas vos enfants », dit Khalil Gilbran. La paternité est une délégation divine. La soumission de Jésus montre qu'il entre pleinement dans le jeu d'obéissance à l'autorité paternelle de Joseph, car il est, dans sa personne même, FILS. Il a donc vécu, dans son humanité, ce qu'il est éternellement, un fils. Tant que Joseph a été présent, il n'y a pas eu d'ambiguïté, Jésus a accepté d'être soumis à son père de la terre comme un signe sacramentel de sa soumission au Père éternel. On peut donc imaginer l'amour qui régnait dans la sainte famille puisque, par le Christ, cet amour était divin. Et Joseph a su se retirer lorsque l'Enfant est devenu adulte, laissant à Jésus sa liberté souveraine et prenant soin de Marie.

Il a donc fallu qu'à leur tour, Joseph et Marie vivent entre eux quelque chose de l'amour qui se reflétait sur le visage de Jésus. Dans l'expression : « ton père et moi » que prononce Marie lors de l'épisode de Jésus devant les docteurs de la Loi, passe tout cet amour, tout le souci partagé par Joseph, toute l'inquiétude vécue ensemble. Les trois jours de recherche préparaient Marie à sa mission de compassion lors de la mise au tombeau, mais ils n'ont pas épargné Joseph qui, lui, ne devait pas vivre cet instant.  On touche là à quelque chose de mystérieux qui est le véritable chemin de croix qu'a vécu Joseph en communion avec le Christ-Enfant. J'aime beaucoup ce texte de dom Augustin Joly :


La vie est un chemin de croix. Chaque jour est une nième station. Et le chemin de croix ira jusqu'au calvaire de la mort. Si nous demandions à saint Joseph comment il a suivi son chemin de la croix, il nous répondrait silencieusement ce qu'il nous est facile de comprendre. Des âmes sentimentales se sont imaginé qu'entre la crèche et la croix, se déroulait dans une sauce rose au sucre d'orge des mystères “joyeux”, la paix tranquille de Nazareth, le beau ciel étoilé d'Égypte. En réalité, entre la misère de la crèche et la misère de la croix, il n'y a pas un autre Jésus déguisé en mignon petit berger jouant du hautbois pour charmer de délicieux petits moutons. Non, Jésus est resté lui-même toujours. La douloureuse fuite en Egypte. L'esclavage sous un contre-maître sauvage sur les bords du Nil, la misère. Les premiers mots où Jésus mélangeait l'Araméen et l'Égyptien. Et les jalousies, les coups, l'exploitation, la faim, la chaleur, l'esclavage. Si bien que l'ange est obligé de les faire “s'enfuir” de nuit vers Nazareth. Comme les Hébreux avaient fui en hâte l'Egypte maudite. Puis l'enfance à Nazareth, les méchants camarades, les coups, le sang, la jalousie, la haine, l'exploitation de l'innocence et de la bonté. Puis le travail dur, les poutres lourdes, entrant dans le creux de l'épaule, le soleil terrible sur les toitures. Travail mal payé. On exploite l'innocence. Toujours la nième station sur un chemin de croix ininterrompu. « Toute la vie de Jésus n'a été qu'un long calvaire ! et vous cherchez le repos et la joie. Vous vous trompez lamentablement... » Cependant chaque goutte de sueur ou de sang, chaque pas sur le chemin de la croix est une marche de victoire « déjà, du ciel on aperçoit l'aube briller et resplendir ». Personne ne peut nous empêcher de nous convertir et de devenir un saint. Et les saints mènent le monde."

 

Joseph est un homme par son métier.

Le travail, dans la vie d'un homme, est une réalité capitale. C'est pourquoi, après le péché originel, si la femme est touchée dans sa maternité et dans sa mission d'épouse, Adam, lui, est touché dans son travail : « Dieu dit à l'homme : Parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé de l'arbre dont je t'avais interdit de manger, maudit soit le sol à cause de toi ! A force de peines tu en tireras subsistance tous les jours de ta vie. A la sueur de ton visage tu mangeras ton pain, jusqu'à ce que tu retournes au sol, puisque tu en fus tiré. Car tu es glaise et tu retourneras à la glaise. » (Gn 3,17-18)

Le métier de Joseph, « Tekton », que l'on traduit par « charpentier » a donné le mot « architecte », il s'agit de la profession de celui qui est capable de construire une maison, d'y mettre un toit, d'achever l'œuvre. Dans l'Ancien Testament, il est réservé aux constructeurs du Temple de Jérusalem. Or, dès la prophétie de Nathan au Roi David, cette prophétie que l'ange rappelle à Marie lors de l'Annonciation, Dieu indique à David qu'il lui fera lui-même une maison. En effet, David voulait bâtir un Temple pour le Seigneur, mais Dieu lui répond par l'entremise du prophète : « Va dire à mon serviteur David : Ainsi parle le Seigneur. Est-ce toi qui me construiras une maison pour que j'y habite ? Pendant tout le temps où j'ai voyagé avec tous les Israélites, ai-je dit à un seul des juges d'Israël, que j'avais institués comme pasteurs de mon peuple Israël : « Pourquoi ne me bâtissez-vous pas une maison de cèdre ?»… Le Seigneur t'annonce qu'il te fera une maison…. Et quand tes jours seront accomplis et que tu seras couché avec tes pères, je maintiendrai après toi le lignage issu de tes entrailles et j'affermirai sa royauté. C'est lui qui construira une maison pour mon Nom et j'affermirai pour toujours son trône royal. Je serai pour lui un père et il sera pour moi un fils ».

Comme Dieu construit la maison de David, Joseph, le charpentier royal, offre une maison au Fils de Dieu. Et Joseph apprend à son enfant à construire des maisons !

Joseph est tellement homme, tellement masculin, qu'aux yeux des gens, c'est son travail qui le caractérise. Il est « le charpentier », notez bien, pas « un » charpentier, mais « le » charpentier, attribut qu'il transmettra à Jésus que les gens de Galilée appellent aussi « le charpentier » en Mc 6,3. Ce métier devait être rare et recherché, il supposait un savoir-faire extraordinaire qui rendait célèbre dans toute une région. Ce n'était pas un simple artisanat, il s'agissait d'un maître d'œuvre, capable de construire des édifices. Il connaissait les lois et les techniques d'un art difficile. Joseph était estimé dans son travail et il a su former son fils. Bien sûr, c'est une autre maison que Jésus va construire, comme il le dit lui-même : « Pierre, tu es Pierre et sur cette Pierre je bâtirai mon Eglise » (Mt 16,16) et Paul écrit aux Ephésiens : « vous êtes concitoyens des saints, vous êtes de la maison de Dieu. Car la construction que vous êtes a pour fondation les apôtres et prophètes, et pour pierre d'angle le Christ Jésus lui-même. En lui toute construction s'ajuste et grandit en un temple saint, dans le Seigneur ; en lui, vous aussi, vous êtes intégrés à la construction pour devenir une demeure de Dieu, dans l'Esprit. » (Ep 2,19-22) Et saint Pierre confirme : « Approchez-vous de lui, la pierre vivante, rejetée par les hommes, mais choisie, précieuse auprès de Dieu. Vous-mêmes, comme pierres vivantes, laissez-vous édifier en un édifice spirituel » (1P 2,4)

On voit combien Joseph, par son métier humain, a préparé la mission de Jésus. Car celui qui a dit à Pierre, le patron de la compagnie de pèche du lac de Tibériade : « Je ferai de vous des pécheurs d'hommes » a su aussi faire du Charpentier de Nazareth le protecteur de l'Eglise (pro-tecteur – Tekton). Dans la personne de Marie et de Jésus, c'est toute l'Eglise en germe qui lui était confiée, et il a préparé Jésus à devenir le fondement et l'architecte de l'Eglise universelle.

 

Joseph est un homme par sa justice de vie

Joseph est qualifié de « Juste », comme Dieu lui-même, à de nombreuses reprises, dans la Bible. Certains personnages de l'Ancien Testament, tel Noé (Gn 6,9), ont aussi reçu ce titre. En particulier notre Père Abraham qui est « justifié » par sa foi, selon la Genèse ; Paul se plait à le répéter dans ses épîtres aux Romains et aux Galates.

La justice dont il s'agit n'est pas la justice distributive ou la justice sociale qui consiste à donner à chacun ce qui lui revient. C'est une justice de vie, un « ajustement » à la volonté de Dieu. Les gens ont reconnu en lui « un homme juste », un homme ajusté, comme aujourd'hui à Yad Va Shem, à Jérusalem, on reconnait des « Justes parmi les nations ». C'est donc quelqu'un qui adapte sa vie à ce qu'il croit. Un homme qui vit dans la vérité parce qu'il déteste le mensonge, la tromperie, le faire-semblant. Saint Joseph ne triche pas, c'est un homme vrai et droit.

Cette justice se manifeste dans son attitude envers Marie. Joseph choisit la discrétion pour ne pas vivre une situation de couple qui soit un mensonge mais aussi pour ne pas causer de tort à celle qu'il aime vraiment. On voit comment, en lui, « amour et vérité se rencontrent ». Être un homme, c'est avoir le courage de la vérité tout en demeurant dans l'amour. Dans la décision cruciale qu'il doit prendre, Joseph, parce qu'il est juste, cherche la volonté de Dieu et, parce qu'il est humble, il pense devoir se retirer devant un mystère dont il se sent indigne. Quand l'ange lui apparaît, il confirme l'intuition de Joseph : Oui, cet enfant vient de l'Esprit Saint, mais toi, tu as un rôle à jouer : tu dois lui donner son nom. Alors Joseph, sans hésiter, mise toute sa vie, il s'engage pleinement. Il accepte de renoncer à une vie conjugale ordinaire pour devenir le protecteur de la sainte Famille, et il s'interposer en faveur de Marie. Être homme, c'est s'engager.

Il renonce à une paternité charnelle pour devenir le serviteur de l'Amour incarné et il saura couvrir de toute la profondeur de son silence le mystère qui lui est confié et qu'il adore. Joseph est plus homme que tous les hommes, il est masculin jusqu'au sublime, car il sacrifie jusqu'au moyen de se prouver qu'on est un homme afin d'assumer sa mission. Il devient participant du mystère de la Croix, par anticipation. Et c'est ainsi qu'il donne à Jésus le modèle d'un amour chaste et prévenant.

Dans sa grande prière, Jésus appellera Dieu : « Père Juste ! ». Il pouvait dire la même chose à Joseph, puisque saint Luc l'a ainsi qualifié. Et Joseph a partagé avec Jésus cette justice de vie, puisque saint Jean, dans sa première lettre, dira : « Nous avons un avocat auprès du Père, Jésus-Christ, le Juste ». (1Jn 2,1)

 

Joseph est un homme, jusque dans son sommeil

Marie est une femme, elle a l'esprit éveillé et transparent. Elle reçoit l'Annonciation grâce à l'apparition d'un ange, comme les saintes femmes qui viendront au tombeau au matin de la Résurrection. Les femmes peuvent rencontrer les anges, cela ne leur pose pas de problème !

Mais les hommes sont moins familiers avec les anges. Joseph est un homme. Un homme c'est plus lourd, c'est chargé de tant de préoccupations, et ça ne sait pas faire deux choses à la fois. On ne peut pas parler à un homme lorsqu'il travaille, sinon il fait des bêtises ou alors il n'écoute pas. Les femmes ont du mal à comprendre cela. Il faut donc attendre la paix du sommeil pour parler à un homme des choses sérieuses. Voilà pourquoi Joseph ne rencontre les anges qu'en songe. Parce que Joseph a le sommeil du Juste. Il vit ce que dit le livre des Proverbes (3,24) : Mon fils, ne perds jamais de vue le savoir-faire et la perspicacité : ils te seront force de vie, une parure à ton cou. Alors tu iras ton chemin avec assurance, ton pied n'achoppera pas. Au moment de dormir, nulle anxiété ; une fois endormi, ton sommeil sera doux. Tu n'as rien à craindre, ni l'angoisse soudaine, ni la tourmente qui surprend les méchants : c'est le Seigneur qui sera ton assurance, il gardera ton pied des embûches.

Le Psaume 3 murmure : moi, je me couche et je dors ; je m'éveille : le Seigneur est mon soutien. Et le Psaume 4 confirme : Dans la paix moi aussi, je me couche et je dors, car tu me donnes d'habiter, Seigneur, seul, dans la confiance.

On se souvient que Jésus dormait dans la barque au milieu de la tempête. Ce sommeil n'est donc pas une fuite des responsabilités, mais une disposition de l'âme à écouter Dieu. Et c'est justement dans cet état paisible que Joseph reçoit des indications pour sa mission. 4 songes nous sont rapportés par Matthieu : le premier est celui de l'annonciation à Joseph, le deuxième celui de la fuite en Egypte, le troisième l'invite à rentrer en Palestine, le quatrième le renvoie vers Nazareth. Dans ces moments paisibles où l'intellect se tait enfin, où l'homme n'est plus troublé par ses raisonnements, il est disponible à la voix divine.

Et Joseph réagit comme un soldat, avec une obéissance immédiate et une détermination sans faille. Ce sont là des qualités qui devraient être masculines : Courage et force, obéissance et détermination. Joseph ne pense jamais à lui-même, il ne voit que le bien de la Mère et de l'Enfant, il se sacrifie pour sa famille autant que pour obéir à Dieu. Ses propres soucis, ses opinions et ses efforts ne comptent pas. Il s'agit seulement d'assurer la vie et le bonheur de ceux qui lui sont confiés. C'est cela, être un homme, la joie masculine, c'est d'assumer ses responsabilités, c'est de faire bien, c'est d'être un chevalier qui sert et protège.

On peut noter la force des expressions qui montrent que Joseph assume. Lors de l'Annonciation : « il prit chez lui son épouse » ; puis lors de la fuite en Egypte : « il prit l'Enfant et sa Mère », et, de nouveau, lors du retour d'Egypte : « il prit l'Enfant et sa Mère ». C'est le verbe qu'utilise le quatrième évangile en parlant du « disciple que Jésus aimait » et de Marie : « il la prit chez lui ». Il y a donc une sorte de « connaturalité » entre Joseph et Jean : Jean fait, et nous invite à faire, ce que Joseph a fait. Ces deux êtres ont consacré leur vie à Marie et ils étaient tous deux proches du Cœur du Christ. Après la dernière apparition de l'ange, « Joseph se retira et vint s'établir dans une ville appelée Nazareth, pour que s'accomplit l'oracle des prophètes » : dans l'évangile de Matthieu, c'est ainsi que Joseph termine sa mission auprès de Marie et l'Enfant. Joseph est LE responsable par excellence, il assume ses responsabilités jusqu'au bout. Mais pour cela, il lui faut sans cesse être attentif à la voix divine qui lui parle en songe. Dans le silence de la nuit, Joseph écoute, il accomplit à la lettre la prière de tout Juif : « Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l'Unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. Ces paroles que je te donne aujourd'hui resteront dans ton cœur. Tu les rediras à tes fils, tu les répéteras sans cesse, à la maison ou en voyage, que tu sois couché ou que tu sois levé » (Dt 6,4).

Dans l'Ancien Testament, le patriarche Joseph était appelé l'homme des songes, - et c'est bien grâce à cela qu'il est devenu le Vice-Roi d'Egypte auquel Pharaon a confié l'administration de tous ses biens. De même, Joseph, le juste, a su être l'homme des songes, et c'est pourquoi le Père éternel a pu lui confier l'administration de tous ses biens : d'abord la Vierge Immaculée et le Fils éternel et, maintenant, l'Eglise. Aujourd'hui, c'est lui le protecteur qui veille sur le Corps du Christ. Et, s'il paraît parfois dormir, c'est pour être davantage attentif à la voix de Dieu. Lorsqu'il se lèvera, immédiatement, il obéira avec courage et détermination.

Pour finir laissez-moi vous lire un texte de dom Augustin-Marie, le fondateur de l'Abbaye saint Joseph de Clairval, dont je suis oblat, sous le nom de « Frère Joseph » :

" Le sommeil de Saint Joseph : presque toutes les fois où il est question de lui dans l'Évangile, c'est pour nous apprendre qu'il dormait : il venait d'apprendre l'énigme de Marie enceinte, il dormait… les mages étaient venus faire la grande fête autour de l'Enfant Jésus… dans la misère en Égypte, il dormait… il apprend que le terrible Archélaüs règne sur la Judée, il dort. Rien ne le trouble. Rien ne l'empêche de dormir, j'allais dire : “ au contraire ! ”. C'est vraiment le Saint des temps modernes. C'est le plus plaisant des saints. Bien avant Saint Grignon de Montfort, il avait « inventé » la dévotion à Marie… Bien avant Sainte Marguerite-Marie, il avait senti battre sous ses doigts, sous les côtes du petit Jésus, son Cœur Infini d'Amour.

Et ce n'est pas un anachronisme de vivre à Nazareth avec lui : nous pouvons y être par notre seule volonté si nous le voulons bien. Occupons-nous de Jésus, de Marie, de Joseph à Nazareth… et laissons-les s'occuper de ce que nous appelons, en pauvres grands enfants que nous sommes, de nos ‘affaires'. Ainsi la vie se passera dans un travail modéré, ne cherchant pas anxieusement des résultats, ni que collent des morceaux incollables. Nous moquant éperdument de l'avenir et du passé pour jouir de la béatitude du présent, dans la douce et légère croix de l'instant actuel.

Il dormait… il y a de quoi stupéfier nos intelligences si riches de calculs faux… Il dormait… Dormons donc avec lui. In pace in idipsum dormiam et requiescam… Les légions romaines faisaient l”impetus” contre les barbares, Virgile se cassait la tête à rimer, Hérode on n'en parle pas, Auguste idem, mais lui Saint Joseph, il dormait : c'est délicieux. Sans le dire, rions des programmes, des méthodes, de toute cette quincaillerie du laïcisme et de la planification super-intellectuelle, et dormons avec St Joseph, faisant doucement le plus petit minimum indispensable."

 

 
 

 

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